• PROLOGUE

    Août 1888

    C'est incroyable ce qui peut changer en l'espace d'une année.

    Une expression, surprise au détour de conversations, et qui résonne comme l'écho d'un caillou le long d'une route, vestige de ma vie d'avant. Autrefois, une année pesait lourd ; c'était une réalité d'une portée considérable, marquée par une infinité de possibles - rencontrer l'homme ou la femme de sa vie, avoir des enfants, mourir-, un tremplin sur le chemin d'une existence. Ce chemin, néanmoins, je ne le fréquentais plus.

    Une année, c'était une chose. Vingt années, remontant à l'époque où mon univers avait basculé, en était une tout autre.

    Il y a un an, j'arrivais en Angleterre, une terre si riche d'histoire qu'elle permet de relativiser le concept d'éternité. Le contexte avait beau être difficile, je reste le même. Physiquement, je n'avais pas changé depuis ma transformation en vampire, et les mêmes pensées au sujet de Katherine, de Damon, des ravages et des morts que j'avais semés sur mon passage continuaient à me hanter. Le temps filait toujours tandis que, sur place, je demeurais le démon que j'étais, assoiffé, mais de rédemption.

    Si j'étais encore humain, j'aurai atteint la moitié de ma vie et le confort qui va avec. J'aurais une femme, des enfantss, un fils peut-être même, que je préparerais à reprendre l'entreprise familiale.

    C'était avant que les affaires des Salvatore ne deviennent le meurtre ?

    Cet héritage, j'avais passé les vingt dernières années à tenter de le rectifier dans l'espoir que, d'une manière ou d'une autre, une éternité de bonnes actions réparerait les erreurs que j'avais commises, le sang que j'avais versé.

    Et, d'une certaine façon, j'y était parvenu. L'Angleterre était parfaite pour moi. Aujourd'hui, je suis un honnête homme, en tous les cas autant que possible quand on a un passé misérable comme le mien.

    Je ne me sens plus coupable de vider de leur sang les animaux des bois. Après tout, je suis un vampire. Mais pas un monstre. Plus maintenant.

    Le temps, toutefois, ne m'affecte pas de la même manière que les hommes, et le passage d'une année à l'autre n'est pas synonyme pour moi d'un émoi semblable à celui des vivants. Tout ce que j'espère, c'est qu'au fil des ans je m'éloigne des massacres de mon jeune âge sans que soit ravivé le douloureux poids qui pèse sur ma conscience. Ce serait mon changement à moi... et mon salut.


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